Albertine Sarrazin, écrivaine rebelle des Matelles

Albertine Sarrazin et les Matelles sont partie liée. L’auteur de La Cavale puis de L’Astragale publiés en 1965, puis, un an plus tard, de La Traversière avait choisi de vivre dans un vieux mas des Matelles, l’Oratoire retapé par ses soins et ceux de son mari, Julien. Dans une lettre écrite à un ami journaliste, Albertine écrit : « Oui, il y a des cigales à l’Oratoire. Et même beaucoup plus concentrées qu’il est normal dans ces régions. Vous tapez du pied et il s’en envole du haut en bas des murs et des arbres. On ramasse à la pelle, au pied des marronniers, les carcasses des nymphes plébéiennes, à la saison… Et ça m’ennuie quoique j’aime leur stridule parce que ça me bouffe mes racines ! ». Hélas, l’écrivaine mourra en 1967 d’une erreur médicale, sur le bloc d’une clinique de Montpellier alors qu’elle subissait une intervention bénigne, conséquence indirecte d’une vie tumultueuse.

Cette vie tumultueuse a, aux Matelles, une résonance particulière. En effet, la jeune femme a rédigé ses deux premiers romans en prison. Précoce pour subir – elle est violée à 10 ans par un membre de sa famille adoptive –, pour écrire – elle rédige son journal dès 14 ans –, elle l’est aussi pour se révolter : elle est en éducation surveillée au Bon Pasteur à Marseille lorsqu’elle s’évade le jour de l’oral du baccalauréat pour se rendre à Paris. En 1953, un hold-up manqué l’enverra à Fresnes puis à la prison-école de Doullens. C'est en s'évadant de cette prison, en1957, en sautant d'un rempart de dix mètres, qu'Albertine se casse l'astragale.

Dix ans après, savait-elle, lorsque la littérature, la célébrité et la paix de l’Oratoire eurent quelque peu apaisé sa révolte qu’à deux pas de là aux Matelles, à Notre-Dame-des-Champs, (aujourd’hui maison de retraite) d’autres jeunesses tumultueuses avaient été enfermées dans une autre prison-école ?