Jean Gelly : le génération "indigène" d'Assas

On appelle ça les Années Folles. Certainement pas folles partout. Quand, en février 1930 naît Jean Gelly dans une famille de vignerons d'Assas, les boas en plume et les chapeaux claque ne sont pas l'ordinaire du Languedoc rural et on ne danse pas le charleston au château du village que son architecture désigne pourtant comme une "folie".

Tu seras vigneron, mon fils. Il l'est dès l'âge de 11 ans et le restera jusqu'à ce que le terrible gel de 1956 vienne briser la vie de tant de familles. En quelques jours de cet hiver terrible, les intempéries font plus de ruines que cinq ans de guerre mondiale. Pour la famille Gelly, cinq enfants, c'est trop pour espérer que la vigne les nourrisse tous un jour.
Alors, Jean, 26 ans, change de métier. Il lâche le sécateur pour le crayon et entre dans la banque "au bas de l'échelle". il y restera trente ans et prendra sa retraite, cadre, en 1987. Voilà pour la carrière professionnelle, droite comme un rang de vigne planté au cordeau.

La carrière "politique" de Jean Gelly est presque tout aussi bien tracée dès le départ. Il est tombé dedans, sans le vouloir, très jeune. Par les jeux de l'amour et du hasard. Son épouse est institutrice à Assas. Comme dans presque tous les villages, l'école et la mairie sont dans le même bâtiment et disposent de logements pour les maîtres. Le jeune couple Gelly s'installe donc au coeur des institutions républicaines.

A l'époque, les instituteurs remplissaient le plus souvent les fonctions de secrétariat de mairie. Jean aurait pu échapper à l'appel de Marianne si son épouse s'était pliée à la coutume. Or, madame réussit à convaincre monsieur d'exercer à sa place cette charge bénévole. Que n'avait-elle fait là !

Après une "expatriation" de quelques années à Saint Vincent de Barbeyrargues pour cause de nomination par l'Education nationale, Jean Gelly revient à Assas. En 1971, le maire, Henry Moynier, se souvient de ce jeune banquier qui a acquis au fil des années une solide expérience municipale et l'enrôle sur sa liste électorale. Quatre ans après, le premier magistrat démissionne et le conseil élit Jean Gelly, devenu à la fois expert en administration municipale et en comptabilité. Le genre de candidat qu'une commune rurale de 500 habitants ne laisse pas échapper... Il devra démissionner pour raison de santé, 30 ans jour pour jour après sa première élection.

"Je ne voulais pas qu'on fasse n'importe quoi dans ce village" , dit-il, se souvenant des pressions fortes exercées par les propriétaires fonciers du conseil municipal pour que le premier POS autorise les constructions sur tout le territoire de la commune. Les nouveaux habitants, venus d'abord de Montpellier, étaient très convoités : bénéfices importants pour les tenants des parcelles constructibles, taxes nouvelles mais grosses dépenses d'infra-structure pour les communes. Au contraire, Assas achète 130 hectares de bois d'un seul tenant et réalise une esplanade d'un hectare en coeur de village. Ce qui n'a pas empêché la commune de grossir, mais de manière équilibrée. Et sa population de changer. "Aujourd'hui, il n'y a plus que trois "indigènes" sur quinze au conseil municipal" fait remarquer avec malice ce natif "historique".

Et lui, qui a toujours cru aux territoires plus vastes offerts par l'intercommunalité (délégué au SIVOM dès 1971 et président de la commission Finances de la CCPSL), croit aussi qu'il faut, à un moment, cultiver son jardin. Il a planté neuf pieds de vigne dans le sien.