Yves Courtieu : Guzargues version durable

Voici un cas typique : Guzargues en 1977, 118 habitants, deux listes en présence, 22 candidats en lice. Faites un calcul simple : supprimez 25 % de personnes mineurs et 10 % de personnes qui se considèrent comme trop âgées, restent à peu près 80 personnes en âge de se présenter. Si l'on part du principe qu'une seule personne est candidate par cellule familiale (3 à 5 personnes par foyer), on peut conclure qu'il y avait pratiquement un postulant dans chaque foyer... Et on imagine facilement l'ambiance au moment du dépouillement !

Yves Courtieu était l'un deux, il y a 31 ans. Et, à la différence du foot où ce sont les onze d'un seul camp qui gagnent, le match s'est terminé par un panachage des deux listes qui se sont retrouvées derrière le maire, André Pouzancre. Parmi les joueurs, le petit nouveau s'est jeté dans le bataille : "moi, c'est tout ou rien, je me suis investi à fond". Exactement le genre de personne que l'on repère vite et qu'on fait monter en première ligne à la prochaine occassion.

En 1983, André Pouzancre ne s'est pas représenté. Il a demandé à Yves Courtieu de prendre la tête de liste avec dix autres aventuriers, contre onze adversaires. Rebelote. Score serré : six élus de son côté, cinq de l'autre. Au moment d'élire le maire, grand seigneur mais piètre politicien, Yves Courtieu vote blanc. Cinq contre cinq. Il faut un second tour. Cette fois, il votre contre ses principes... et pour lui. Rien n'est fini pour autant. Les Guzarguois sont des gens tellement passionnés que son élection est contestée. L'affaire va montée jusqu'au conseil d'état !

Quand viennent l'apaisement et la réconciliation, il ceint l'écharpe et tout le monde retrousse les manches. Tout est à faire. "Il fallait sortir le village du Moyen-Age, raconte-t-il, la mairie était grande comme un cagibi et n'avait même pas le téléphone, il n'y avait aucun assainissement, tout allait dans les fossés, l'eau de la source arrivait par un tuyau de 60 mm et la réservé était plus petite qu'une piscine d'aujourd'hui...". La loi de décentralisation est arrivée. Il a fallu faire un Plan d'occupation des Sols. A Guzargues, cela a pris un mandat entier, pour des raisons autant techniques que diplomatiques... Ce n'est qu'au second mandat, qui commence en 1989, que le plan sera voté.

Les années ont passé, il y a eu d'autres combats, comme celui du centre de stockage des déchets ultimes que l'Agglo voulait lui imposer. Mais, cette fois Guzargues n'était plus un petit village isolé. Il appartenait à la Communauté de Communes du Pic Saint Loup, celle-ci forte de 17 communes, a mis son poids à ses côtés. Et, bien entendu, Yves Courtieu a mis le sien au service de cette nouvelle collectivité dont il a assuré la présidence de la commission "environnement".

Pour lui, "Soit on commence jeune, comme moi, soit on fait ça quand on est en retraire. Moi, c'est au moment de ma retraite que j'arrête. Ma famille a été un peu trop négligée. A 62 ans, j'ai encore plein d'énergie, je vais en profiter". A fond, comme d'habitude. Car, cette année, ce mécanicien fils d'employé des houillères d'Alès quittera l'entreprise où il travaille depuis 38 ans, IBM, son premier employeur.

Avec lui, pas de CDD, pas d'intermittence, pas de précarité. Alors on lui souhaite un nouveau développement... durable.